Que mangent les lézards ? Leur alimentation et leur utilité au jardin

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Régime alimentaire des lézards de jardin

Les lézards observés couramment dans les jardins français sont principalement le lézard des murailles et le lézard vert occidental, tous deux protégés par l’arrêté du 8 janvier 2021. Ces reptiles sont insectivores et opportunistes : leur menu se compose essentiellement d’invertébrés capturés à l’affût ou en chasse active.

Les araignées représentent une part importante de leur régime, jusqu’à 30 à 40 % selon les études de la SHF documentées sur jardiner-autrement.fr. Rapides et abondantes, elles constituent des proies faciles à capturer sur les murs, les pierres et dans la végétation basse.

Les coléoptères (carabes, charançons, scarabées, coccinelles) sont activement chassés. Le lézard détecte le mouvement, s’approche lentement, puis bondit pour saisir sa proie entre les mâchoires. Les élytres durs sont broyés et digérés.

Les mouches, moustiques et petits diptères sont capturés au vol ou posés. Le lézard, particulièrement agile, peut effectuer de courts sauts pour attraper un insecte volant à proximité.

Les chenilles, papillons, sauterelles, criquets, fourmis, cloportes, mille-pattes complètent le régime. Les proies sont choisies en fonction de leur taille (le lézard des murailles adulte mesure 15 à 20 cm queue comprise et capture des proies de 3 à 15 mm) et de leur accessibilité.

Occasionnellement, le lézard vert, plus grand (jusqu’à 40 cm), consomme petits escargots, limaces, œufs d’insectes, larves et, plus rarement, baies mûres et fruits tombés (mûres, framboises), surtout en fin d’été lorsque les insectes se raréfient. Cette part végétale reste marginale chez les adultes, davantage marquée chez le lézard vert que chez le lézard des murailles.

Stratégies de chasse et comportement alimentaire

Les lézards sont des prédateurs diurnes, actifs par temps ensoleillé lorsque leur température corporelle atteint 28 à 35 °C. Ectothermes, ils dépendent de la chaleur externe pour activer leur métabolisme. Le matin, ils se chauffent sur une pierre, un mur ou une souche exposés au soleil, puis partent chasser.

La chasse à l’affût consiste à attendre immobile sur un support stratégique (pierre plate, rebord de muret, branche basse) qu’une proie passe à portée. Le lézard détecte le mouvement grâce à sa vue perçante, puis bondit en une fraction de seconde.

La chasse active implique des déplacements rapides dans la végétation basse, sous les pierres, dans les anfractuosités. Le lézard retourne feuilles mortes, explore fissures et crevasses, débusquant araignées et insectes cachés.

Le lézard ne mâche pas : il avale les proies entières ou brisées en deux ou trois morceaux si elles sont trop grandes. La digestion, facilitée par la chaleur, est rapide. Un lézard adulte consomme plusieurs dizaines de proies par jour en période d’activité intense (printemps, été).

Rôle écologique et utilité au jardin

Les lézards jouent un rôle de régulateurs naturels des populations d’insectes et d’araignées. En consommant mouches, moustiques, chenilles et autres ravageurs potentiels, ils contribuent à l’équilibre du jardin sans intervention humaine ni produit chimique.

Leur présence indique un milieu sain, diversifié et exempt de pesticides. Les lézards, sensibles aux insecticides (intoxication directe ou empoisonnement secondaire via les proies), disparaissent rapidement des jardins traités chimiquement. Observer des lézards en nombre signale une biodiversité fonctionnelle et un jardin accueillant pour la faune auxiliaire.

Les lézards sont eux-mêmes des proies pour les oiseaux (pie-grièche, faucon crécerelle, héron cendré), les serpents (couleuvre verte et jaune, couleuvre à collier), les hérissons, les fouines et les chats domestiques. Ils occupent une position intermédiaire dans la chaîne alimentaire, liant invertébrés et prédateurs supérieurs.

Leur autotomie caudale (capacité à perdre volontairement la queue pour échapper à un prédateur) constitue une adaptation défensive remarquable. La queue repousse partiellement, mais reste plus courte et moins colorée que l’originale.

Cycle annuel et hibernation

Les lézards hibernent de novembre à février-mars selon les régions et les conditions météorologiques. Ils se réfugient dans des fissures de murs, sous des pierres, dans des terriers abandonnés, des tas de bois ou de feuilles mortes, à l’abri du gel. Durant cette période, ils ne se nourrissent pas et vivent sur leurs réserves de graisses accumulées en automne.

Au printemps, dès que les températures dépassent 12 à 15 °C de manière stable, les lézards sortent, se réchauffent au soleil et reprennent leur activité alimentaire. La période de reproduction s’étend d’avril à juin. Les mâles, territoriaux, défendent leur zone de chasse et de repos, effectuant des parades et des combats ritualisés.

Les femelles pondent 2 à 10 œufs (selon l’espèce et la taille) dans un substrat meuble et chaud (sable, terre, compost, tas de feuilles). Les œufs incubent durant 6 à 10 semaines grâce à la chaleur solaire. Les juvéniles, mesurant 4 à 6 cm à l’éclosion, chassent immédiatement de très petites proies (pucerons, petites araignées, fourmis).

Aménager un jardin favorable

Créer des zones ensoleillées avec pierres, murets, rocailles, poutres ou planches posées à plat offre des sites de thermorégulation et d’affût. Les lézards apprécient particulièrement les surfaces minérales exposées sud ou sud-ouest, qui accumulent la chaleur.

Laisser des tas de pierres, de tuiles, de bois mort fournit abris diurnes et hivernaux. Une simple pile de vieilles tuiles au fond du jardin ou un muret de pierres sèches (sans ciment) accueille rapidement des lézards.

Maintenir une végétation basse diversifiée (graminées, plantes aromatiques, bandes fleuries) attire insectes et araignées, assurant une source alimentaire stable. Éviter les pelouses tondues ras et les sols nus compactés.

Proscrire les pesticides et les produits phytosanitaires garantit la survie des proies et évite l’empoisonnement des lézards. Favoriser les auxiliaires (coccinelles, chrysopes, carabes) profite également aux lézards qui les consomment ou partagent les mêmes ressources.

Limiter la prédation par les chats domestiques, principaux responsables de la mortalité des lézards en milieu périurbain. Équiper les chats de colliers à clochette, les garder à l’intérieur aux heures chaudes (milieu de journée, lézards actifs) réduit les captures. Installer des refuges inaccessibles aux chats (murets hauts, rocailles à petites cavités) protège les populations.

Créer des passages entre jardins (petits trous dans les clôtures, espaces sous les portails) permet aux lézards de circuler, d’explorer de nouveaux territoires et de diversifier le patrimoine génétique des populations locales.

Protection légale et sensibilisation

Tous les lézards de France métropolitaine bénéficient d’une protection intégrale. Capturer, blesser, tuer, déplacer ou déranger intentionnellement ces reptiles est interdit, de même que détruire ou altérer leurs habitats. Les infractions exposent à des sanctions pénales importantes.

Un lézard entré accidentellement dans une habitation doit être capturé délicatement dans un récipient et relâché aussitôt à l’extérieur, dans un endroit ensoleillé et abrité. Ne jamais le saisir par la queue, qui se détacherait par réflexe.

En cas de travaux (démolition de muret, terrassement, abattage d’arbre), vérifier l’absence de lézards ou reporter l’intervention hors période de reproduction et d’hibernation. Contacter une association locale de protection de la nature ou consulter les pages amphibiens et lézards et serpents permet d’obtenir conseils et accompagnement.

Transmettre les observations (espèce, nombre, localisation, date) via les sciences participatives enrichit les atlas de répartition et aide à suivre l’état des populations. Consulter la page un animal blessé en cas de reptile en détresse. Expliquer aux enfants le rôle et la fragilité des lézards, leur montrer comment observer sans toucher, contribue à une culture de respect de la biodiversité.

Sources utiles

  • SHF, Société Herpétologique de France : identification, biologie et protection, lashf.fr
  • OFB, Office français de la biodiversité : réglementation et arrêtés de protection, ofb.gouv.fr
  • LPO, Ligue pour la Protection des Oiseaux : reptiles et biodiversité de jardin, lpo.fr
  • Jardiner Autrement : faune auxiliaire et aménagements favorables, jardiner-autrement.fr