Pourquoi apprendre à les distinguer ?
La France métropolitaine abrite quatre espèces de vipères (vipère aspic, vipère péliade, vipère de Séoane, vipère d’Orsini) et neuf espèces de couleuvres (couleuvre à collier, couleuvre vipérine, couleuvre verte et jaune, coronelle lisse, etc.). Toutes sont protégées par l’arrêté du 8 janvier 2021, la destruction, la capture ou la perturbation intentionnelle étant interdites et passibles d’amendes.
Savoir différencier vipère et couleuvre permet d’adopter le bon comportement : ni panique, ni destruction, mais prudence raisonnée et respect de la réglementation. Les couleuvres sont totalement inoffensives pour l’homme. Les vipères, venimeuses, ne mordent qu’en défense, lorsqu’elles se sentent menacées. Les morsures restent rares (environ 1 000 à 1 500 par an en France selon les centres antipoison) et rarement graves chez l’adulte en bonne santé.
Critères morphologiques fiables
Forme de la tête
Les vipères présentent une tête large, triangulaire, bien distincte du cou, avec un museau court et arrondi (aspic, péliade) ou légèrement retroussé (aspic). Cette forme résulte de la présence de glandes à venin volumineuses situées derrière les yeux.
Les couleuvres arborent une tête ovale, allongée, peu différenciée du corps, avec un museau arrondi ou pointu selon les espèces. La transition tête-cou est douce, sans étranglement marqué.
Observer la tête nécessite une distance de sécurité (au moins 2 mètres) et, idéalement, des jumelles ou un appareil photo à zoom. Ne jamais approcher pour mieux voir.
Pupille de l’œil
Les vipères possèdent une pupille verticale, en fente (comme les chats), adaptation à la vision crépusculaire et nocturne. Ce critère, très fiable, impose cependant une observation rapprochée délicate et déconseillée sur le terrain.
Les couleuvres affichent une pupille ronde, signe d’une activité principalement diurne.
En pratique, ce critère reste utile pour identifier un serpent photographié ou observé de très près en toute sécurité (derrière une vitre, serpent mort sur la route), mais ne doit pas guider l’approche d’un individu vivant.
Écailles de la tête
Les vipères portent de nombreuses petites écailles irrégulières sur le dessus de la tête, parfois carénées (avec une arête centrale).
Les couleuvres ont de grandes plaques céphaliques régulières, symétriques, bien visibles : plaques préfrontales, frontales, pariétales, formant un motif ordonné caractéristique des couleuvres.
Là encore, l’observation fine nécessite photographie ou jumelles, et ne doit jamais justifier une manipulation.
Écailles du corps
Les vipères présentent des écailles dorsales carénées (rugueuses au toucher, avec une arête centrale), organisées en 21 rangées (aspic) ou 19 rangées (péliade). La peau paraît mate et rugueuse.
Les couleuvres ont des écailles lisses ou légèrement carénées, souvent brillantes, organisées en rangs plus nombreux selon les espèces. La peau semble lisse et luisante au soleil.
Queue
Les vipères possèdent une queue courte, s’amincissant brusquement après le cloaque (orifice génital et excréteur). La longueur totale atteint 50 à 75 cm (aspic), 40 à 60 cm (péliade).
Les couleuvres affichent une queue longue et effilée, représentant un quart à un tiers de la longueur totale. Certaines espèces dépassent 1,5 mètre (couleuvre verte et jaune, couleuvre d’Esculape).
Motifs et couleurs
Les vipères arborent souvent un zigzag dorsal noir ou brun foncé sur fond gris, beige, brun-rouge ou cuivré (variabilité importante). La vipère aspic présente parfois deux bandes parallèles. Des individus entièrement noirs (mélaniques) existent, compliquant l’identification.
Les couleuvres montrent une grande diversité : collier jaune-orangé caractéristique chez la couleuvre à collier, livrée verte et jaune vif chez la couleuvre verte et jaune, motifs en damier chez la vipérine (qui mime la vipère par convergence), teintes brunes unies chez la coronelle.
Les couleurs ne suffisent pas à identifier : croiser plusieurs critères (tête, queue, écailles) garantit un diagnostic fiable.
Comportement et habitat
Les vipères sont plutôt discrètes, sédentaires et crépusculaires. Elles fuient généralement à l’approche de l’homme et ne mordent qu’en dernier recours. Elles fréquentent milieux secs et ensoleillés (landes, lisières forestières, pierriers, murs de pierres sèches), mais aussi prairies humides pour la péliade (zones tourbeuses, montagnes).
Les couleuvres sont plus actives, diurnes et mobiles. La couleuvre à collier affectionne les milieux aquatiques (mares, rivières, étangs) et chasse amphibiens et poissons. La couleuvre verte et jaune, terrestre et arboricole, grimpe dans les buissons. La coronelle lisse, petite et discrète, se cache sous les pierres et chasse lézards.
Observer un serpent nageant ou plongeant oriente vers une couleuvre (à collier, vipérine), bien que la vipère péliade puisse nager occasionnellement.
Risque et bons réflexes
Les morsures de vipères provoquent douleur intense, œdème local, parfois nausées, vomissements, vertiges. Les complications graves (choc, troubles cardiaques) restent rares et concernent surtout enfants, personnes âgées ou allergiques. Selon les centres antipoison et les données herpétologiques françaises, moins de 1 % des morsures entraînent des séquelles graves, et la mortalité est exceptionnelle (1 à 5 décès par an en France).
En cas de morsure suspectée :
- Rester calme, immobiliser le membre mordu (attelle si possible).
- Retirer bagues, bracelets (risque de gonflement).
- Appeler le 15 (SAMU) ou se rendre aux urgences rapidement.
- Ne jamais inciser, aspirer, poser garrot ou glace : ces gestes aggravent les lésions.
- Noter heure, circonstances, description du serpent (photo si possible, sans approcher).
Les morsures de couleuvres, exceptionnelles (elles fuient ou se font passer pour mortes plutôt que de mordre), ne présentent aucun danger venimeux. Désinfecter la plaie, surveiller l’absence d’infection.
Prévention et cohabitation
Porter des chaussures montantes et un pantalon long lors de randonnées en terrain favorable (pierriers, landes, lisières). Taper le sol avec un bâton en marchant dans les herbes hautes alerte les serpents qui fuient.
Ne jamais mettre les mains ou les pieds dans des anfractuosités, sous des pierres, dans des tas de bois sans regarder avant. La plupart des morsures surviennent lors de manipulations imprudentes.
Respecter la distance de sécurité (au moins 2 mètres). Observer sans approcher, photographier au téléobjectif. Ne jamais tenter de capturer, de tuer ou de déplacer un serpent : c’est illégal, dangereux et inutile.
Au jardin, tolérer la présence de serpents contribue à la régulation des rongeurs (campagnols, mulots) et à l’équilibre écologique. Les couleuvres chassent limaces, vers, lézards, grenouilles et petits rongeurs. Les vipères consomment campagnols, musaraignes, lézards.
Laisser des zones sauvages, haies, murets de pierres sèches, tas de bois favorise la biodiversité mais attire aussi les serpents. Maintenir l’herbe tondue autour des zones de vie (terrasse, balançoire, potager) et laisser les zones périphériques sauvages permet une cohabitation sereine.
Limiter les rongeurs (stockage sécurisé des aliments, compost fermé, pas de restes alimentaires au jardin) réduit l’attractivité pour les serpents chasseurs.
Protection légale et signalement
Tous les serpents de France bénéficient d’une protection intégrale. Détruire, capturer ou déranger un serpent expose à des amendes lourdes, pouvant atteindre 150 000 € et deux ans d’emprisonnement selon l’article L. 415-3 du code de l’environnement.
En cas de serpent dans une habitation, contacter la LPO, la SHF, le référent faune sauvage départemental ou les pompiers si le danger est immédiat. Des naturalistes formés ou des professionnels habilités déplacent l’animal en toute sécurité et conformément à la législation.
Transmettre les observations (espèce, localisation, date, photographie) via les sciences participatives (amphibiens et reptiles, lézards et serpents, atlas régionaux) enrichit les connaissances et aide à suivre les populations.
Expliquer les bons gestes aux enfants et aux promeneurs réduit les destructions provoquées par la peur. Face à un serpent visiblement blessé, gardez vos distances et utilisez les contacts indiqués dans la rubrique animal sauvage en détresse.
Sources utiles
- SHF, Société Herpétologique de France : identification, biologie, réglementation, lashf.fr
- OFB, Office français de la biodiversité : arrêtés de protection, ofb.gouv.fr
- Centres antipoison : conduite à tenir en cas de morsure, centres-antipoison.net
- LPO, Ligue pour la Protection des Oiseaux : faune sauvage en difficulté, lpo.fr