Crottes de chauve-souris : les reconnaître sans déranger une espèce protégée

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Reconnaître les crottes de chauve-souris

Les crottes de chauve-souris, également appelées guano lorsqu’elles s’accumulent en quantité, constituent le principal indice de présence d’une colonie dans un bâtiment, un grenier, un comble ou une cavité d’arbre. Elles se présentent sous forme de petits bâtonnets secs de 3 à 8 mm de longueur et 1 à 2 mm de diamètre, de couleur brun foncé à noir, selon l’espèce et le régime alimentaire.

La texture est friable et sèche : écrasée entre les doigts (avec gants), la crotte se désagrège en fine poussière révélant des fragments d’insectes non digérés (élytres de coléoptères, ailes de papillons, pattes, antennes). Cette caractéristique distingue nettement le guano de chauve-souris des excréments de rongeurs, composés de matières végétales et de graines.

Les crottes fraîches, déposées récemment, conservent une légère brillance et une teinte plus claire. En vieillissant, elles deviennent mates, friables et grisâtres. Leur odeur, désagréable mais moins forte que celle des rongeurs, évoque un mélange d’ammoniaque et de moisi, surtout lorsque l’accumulation est importante dans un espace confiné.

Distinction avec les crottes de rongeurs

Confondre crottes de chauve-souris et de rongeurs (souris, loir, lérot, mulot) est fréquent. Plusieurs critères permettent de les différencier :

La taille : les crottes de souris mesurent 3 à 6 mm, similaires à celles de petites chauves-souris, mais celles de loir ou de lérot atteignent 8 à 12 mm, nettement plus grandes. Les crottes de rats (surmulot, rat noir) mesurent 10 à 20 mm, bien au-delà du guano.

La forme : les crottes de rongeurs sont cylindriques, renflées au milieu, parfois légèrement incurvées, avec des extrémités arrondies ou pointues. Celles de chauve-souris sont plus régulières, en bâtonnets droits ou légèrement tordus.

La texture : les crottes de rongeurs, composées de fibres végétales, sont plus compactes, moins friables, et ne se réduisent pas en poussière fine. Elles conservent une certaine cohésion même sèches.

Le contenu : écraser une crotte de chauve-souris révèle des fragments brillants d’insectes (chitine). Les crottes de rongeurs contiennent graines, fragments de bois, fibres végétales, sans éclats brillants.

L’emplacement : les chauves-souris déposent leurs crottes sous leur perchoir (poutre, charpente, linteau, derrière volets), formant un petit tas localisé au sol ou sur une surface horizontale. Les rongeurs dispersent leurs crottes le long de leurs trajets (plinthes, angles, derrière les meubles).

Espèces présentes en France et indices complémentaires

La France abrite 34 espèces de chauves-souris, toutes protégées par l’arrêté du 23 avril 2007. Les espèces anthropophiles (liées aux bâtiments) les plus fréquentes sont la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), la pipistrelle de Kuhl, le grand rhinolophe, le petit rhinolophe, l’oreillard roux et la sérotine commune. Chaque espèce présente des préférences de gîte et un régime alimentaire influençant légèrement la taille et la composition du guano.

Observer des traces d’urine (coulures brunâtres, taches sur bois ou mur) près de l’accumulation de crottes renforce la probabilité d’un gîte de chauve-souris. Les chauves-souris urinent fréquemment au repos, laissant des marques caractéristiques.

Écouter des cris et grattements au crépuscule ou à l’aube, observer des individus volant autour du bâtiment à la tombée de la nuit, détecter des taches graisseuses autour d’une fissure ou d’un accès (passage répété des animaux usant la surface) confirment la présence.

Réglementation et protection stricte

Toutes les chauves-souris sont intégralement protégées en France par l’arrêté du 23 avril 2007, transposant la directive européenne Habitats-Faune-Flore. Il est strictement interdit de détruire, capturer, mutiler ou perturber intentionnellement les chauves-souris, ainsi que de détruire, altérer ou dégrader leurs sites de repos et de reproduction, même en l’absence d’individus.

Déranger une colonie en période de reproduction (mise bas de mai à juillet) ou d’hibernation (novembre à mars) peut entraîner l’abandon du gîte, la mort de juvéiles ou l’épuisement des adultes. Toute intervention (nettoyage, travaux, obturation d’accès) doit être reportée hors de ces périodes sensibles et, idéalement, validée par un écologue spécialisé ou une association de protection des chauves-souris (SFEPM, groupes chiroptères régionaux).

Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 150 000 € et deux ans d’emprisonnement (article L. 415-3 du code de l’environnement). Les particuliers comme les professionnels (charpentiers, couvreurs, traiteurs de charpente) sont tenus de respecter cette réglementation.

Cohabiter sans risque

Les chauves-souris ne rongent pas, ne détériorent pas l’isolation ni les structures. Elles ne construisent pas de nid. Leur présence se limite au guano et à l’urine. Dans un grenier, un comble perdu ou un espace non habité, la cohabitation ne pose généralement aucun problème sanitaire ou structurel.

Le guano, bien que pouvant dégager une odeur en grande quantité, ne présente pas de danger sanitaire majeur en France métropolitaine. Contrairement aux régions tropicales où certaines espèces de chauves-souris peuvent porter des pathogènes (histoplasmose liée à des champignons dans le guano accumulé), les chauves-souris européennes présentent un risque très faible. Le virus de la rage, présent chez moins de 1 % des individus testés selon l’Institut Pasteur, ne se transmet que par morsure ou griffure. Ne jamais manipuler une chauve-souris à mains nues.

Pour nettoyer du guano accumulé (si nécessaire, hors périodes sensibles et en l’absence de la colonie), porter gants, masque à poussières FFP2 et lunettes, humidifier légèrement le tas avant balayage pour éviter l’envol de poussières, placer les déchets dans un sac fermé et éliminer en déchetterie. Laver à l’eau savonneuse, désinfecter si besoin. Aérer abondamment. Éviter l’utilisation de produits chimiques agressifs qui pourraient imprégner le bois et nuire aux chauves-souris lors de leur retour.

Aménagements favorables et protection active

Préserver un accès (fente, espace de 2 à 3 cm sous une planche de rive, trou de boulins, passage de ventilation) permet aux chauves-souris de continuer à utiliser le gîte. Si des travaux de réfection de toiture ou de façade sont prévus, conserver ou recréer des passages après intervention.

Installer un bac à guano (plateau ou bâche suspendue sous le perchoir principal) facilite le nettoyage ponctuel sans déranger les animaux. Le guano récolté, riche en azote et en phosphore, constitue un excellent fertilisant pour le jardin (compostage préalable recommandé).

Éviter l’éclairage nocturne direct des accès au gîte : les chauves-souris sont photophobes et peuvent déserter un site soudainement illuminé. Privilégier des lampes à détecteur de mouvement orientées vers le sol, ou des LED ambrées/rouges moins perturbatrices.

Favoriser la biodiversité du jardin (haies, prairies, mares, absence de pesticides) augmente la disponibilité en insectes et soutient les populations de chauves-souris. Participer aux inventaires et suivis menés par les associations locales de protection, consulter la page mammifères du réseau régional et transmettre les observations aide à documenter la répartition et l’état de conservation des espèces.

En cas de doute ou de besoin d’accompagnement (travaux, cohabitation difficile), contacter la SFEPM (Société française pour l’étude et la protection des mammifères) ou le groupe chiroptères régional garantit des conseils adaptés et conformes à la réglementation.

Sources utiles

  • SFEPM, Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères : réseau chiroptères France, sfepm.org
  • OFB, Office français de la biodiversité : réglementation et espèces protégées, ofb.gouv.fr
  • Institut Pasteur : rage et chauves-souris, pasteur.fr
  • Muséum national d’Histoire naturelle : atlas des mammifères, mnhn.fr