Coccinelle noire à points rouges : laquelle est-ce et que faut-il savoir ?

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Quelle coccinelle noire à points rouges observe-t-on en France ?

Lorsqu’une coccinelle noire ornée de points rouges se pose sur votre main ou sur une feuille, vous avez de bonnes chances d’observer Harmonia axyridis, la coccinelle asiatique, dans sa forme mélanique. Cette espèce introduite en Europe dans les années 1990 pour lutter contre les pucerons présente une grande variabilité de couleur : du rouge-orangé à points noirs (forme la plus répandue) au noir profond à quatre, deux ou plusieurs taches rouges.

D’autres espèces indigènes peuvent également arborer cette livrée sombre. Adalia bipunctata, la coccinelle à deux points, existe sous une forme noire à deux taches rouges. Plus rare, Exochomus quadripustulatus montre quatre points rouges sur fond noir. La distinction repose sur la taille, le nombre et la disposition des taches, ainsi que la forme générale du corps.

En France métropolitaine et particulièrement en Poitou-Charentes, ces trois espèces coexistent dans jardins, haies et cultures. La diversité morphologique d’Harmonia axyridis complique parfois l’identification rapide : certains individus noirs à deux points ressemblent fortement à Adalia bipunctata, d’où la nécessité de croiser plusieurs critères.

Critères d’identification fiables

La taille constitue un premier indice : Harmonia axyridis mesure 5 à 8 mm, nettement plus grande que la plupart des coccinelles indigènes. Le pronotum (partie située juste derrière la tête) présente chez l’asiatique un motif en « M » ou « W » blanc sur fond noir, visible à la loupe ou en photographie rapprochée. Ce critère, observable sur spécimen vivant ou mort, permet une identification certaine.

Adalia bipunctata, coccinelle commune européenne, mesure 3,5 à 5 mm. Sa forme noire (forma quadrimaculata) porte généralement deux taches rouges bien nettes, parfois quatre petites taches. Le pronotum reste blanc à taches noires, sans le motif caractéristique de l’asiatique. Cette espèce fréquente jardins, haies et zones urbaines, mais son abondance a diminué depuis l’arrivée de la coccinelle asiatique.

Exochomus quadripustulatus, coccinelle des pins, se reconnaît à ses quatre points rouges disposés en rectangle et à son habitat forestier. Elle mesure 3 à 5 mm et fréquente surtout les conifères, où elle chasse pucerons et cochenilles. Moins commune en milieu urbain, elle reste présente dans les forêts de pins et d’épicéas.

Comportement et cycle de vie

Harmonia axyridis hiverne en grand nombre dans les bâtiments, les fissures de murs ou sous les écorces. Dès février-mars, les adultes sortent et colonisent arbres, arbustes et cultures. Une femelle pond jusqu’à 1 000 œufs jaune-orangé regroupés par paquets de 10 à 50 sous les feuilles infestées de pucerons. Les larves, noires à taches orangées et dotées de sclérites épineux, dévorent plusieurs centaines de pucerons avant la nymphose. Le cycle complet dure trois à quatre semaines en été, permettant deux à trois générations annuelles sous climat tempéré.

Les coccinelles indigènes suivent un cycle comparable, mais avec une fécondité moindre (200 à 400 œufs pour Adalia bipunctata) et des exigences écologiques plus strictes. Harmonia axyridis tolère des températures plus larges et se montre moins spécialisée, ce qui explique son succès démographique et sa capacité à occuper de nombreux milieux.

La répartition d’Harmonia axyridis en France s’est accélérée depuis 2004, année de son installation définitive après plusieurs décennies de lâchers volontaires. Selon l’OPIE, l’espèce est aujourd’hui présente dans toutes les régions de métropole, y compris en altitude jusqu’à 1 500 mètres.

Impact écologique et cohabitation

L’introduction volontaire d’Harmonia axyridis visait le contrôle biologique des pucerons en serres et vergers. Relâchée massivement entre 1990 et 2000, l’espèce s’est naturalisée et répandue dans toute l’Europe occidentale. Elle consomme efficacement les pucerons, mais entre en compétition avec les coccinelles indigènes pour la nourriture et les sites de ponte. Plusieurs études, dont celles menées par l’INRA et l’OPIE, documentent un recul des populations d’Adalia bipunctata et d’autres espèces autochtones dans les zones urbanisées et agricoles intensives.

Harmonia axyridis pratique également la prédation intraguilde : elle dévore œufs et larves des autres coccinelles. En période de disette de pucerons, elle peut s’attaquer aux fruits mûrs (raisins, pommes) et causer des dégâts ponctuels en viticulture. Malgré ces effets négatifs, elle demeure un auxiliaire utile au jardin et en agriculture biologique, réduisant significativement les populations de pucerons sans recours aux insecticides.

Les coccinelles indigènes, documentées par la LPO dans ses guides naturalistes, conservent des atouts : spécialisation sur certaines proies, meilleure adaptation aux cycles naturels locaux, moindre nuisance en viticulture. Favoriser la biodiversité au jardin, haies variées, bandes fleuries, absence de pesticides, aide à maintenir un équilibre entre espèces introduites et autochtones.

Accueillir et observer les coccinelles au jardin

Toutes les coccinelles, asiatiques ou indigènes, bénéficient d’aménagements simples. Laisser quelques touffes d’orties, de graminées ou d’ombellifères permet aux pucerons de s’installer en petites colonies, assurant une source alimentaire stable pour les larves. Les haies libres composées d’essences locales (aubépine, prunellier, cornouiller sanguin) offrent abri et site de ponte.

En hiver, un petit tas de bois mort, des tuiles empilées ou un hôtel à insectes accueillent les adultes en diapause. Éviter l’aspiration ou l’élimination des coccinelles qui entrent dans les maisons à l’automne : il suffit de les capturer délicatement dans un bocal et de les relâcher à l’extérieur, contre un mur ensoleillé ou sous une écorce. Harmonia axyridis cherche souvent refuge dans les habitations en grand nombre, créant une gêne passagère mais sans danger.

L’observation des différentes formes de couleur d’Harmonia axyridis constitue une activité naturaliste accessible. Photographier les individus, noter le nombre de points, le motif du pronotum et transmettre les données aux sciences participatives comme le SPIPOLL enrichit la connaissance de la répartition et de la dynamique des populations. Consulter les fiches espèces du réseau naturaliste régional permet d’approfondir l’identification. La galerie photo documente cette diversité morphologique.

Prudence et respect des auxiliaires

Aucune coccinelle noire à points rouges observée en France métropolitaine ne présente de danger pour l’homme. Harmonia axyridis peut sécréter une hémolymphe jaune-orangé à odeur désagréable lorsqu’elle se sent menacée, mais cette substance défensive reste inoffensive. Quelques cas de réactions allergiques cutanées ou respiratoires ont été rapportés chez des personnes exposées massivement (invasion dans un grenier), sans gravité notable.

Toutes les coccinelles adultes et larves restent des auxiliaires précieux. Les éliminer par méconnaissance prive le jardin d’un contrôle naturel des ravageurs et fragilise les équilibres écologiques locaux. Reconnaître les différentes espèces, accepter la variabilité de leurs robes et favoriser les habitats diversifiés contribuent à une gestion écologique cohérente.

Sources utiles

  • OPIE – Office pour les insectes et leur environnement : identification coccinelles de France – insectes.org
  • LPO – Ligue pour la Protection des Oiseaux : auxiliaires du jardin et sciences participatives – lpo.fr