Que mangent les chauves-souris ? Insectes, chasse nocturne et jardin

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Les chauves-souris vivant en France métropolitaine sont exclusivement insectivores : elles se nourrissent de moustiques, papillons de nuit, petits coléoptères, moucherons, tipules et autres insectes volants capturés en plein vol ou glanés sur le feuillage. Contrairement aux espèces tropicales frugivores ou nectarivores, nos chiroptères européens dépendent entièrement des populations d’insectes nocturnes, dont l’abondance conditionne directement leur survie et leur reproduction.

Une pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), petite chauve-souris pesant 4 à 8 grammes et présente partout en Poitou-Charentes, consomme jusqu’à 3 000 moustiques en une seule nuit durant la période estivale d’activité maximale. Ce régime insectivore intensif fait des chauves-souris des auxiliaires précieux pour les jardins, les zones humides et les espaces agricoles, où elles contribuent gratuitement à la régulation des populations d’insectes, y compris de nombreux ravageurs des cultures.

Toutes les espèces françaises bénéficient d’une protection intégrale depuis l’arrêté du 23 avril 2007 : il est interdit de les capturer, les blesser, les déranger intentionnellement ou de détruire leurs gîtes. La LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) et le Muséum national d’Histoire naturelle documentent leur écologie et encouragent les aménagements favorables dans les jardins et les bâtiments.

Régime alimentaire des chauves-souris françaises

Les 34 espèces de chauves-souris recensées en France métropolitaine se répartissent en plusieurs groupes selon leur technique de chasse et leurs proies préférentielles, mais toutes restent strictement insectivores.

Les pipistrelles (Pipistrellus sp.), plus petites et plus communes, chassent en vol rapide et erratique les petits diptères (moustiques, mouches, moucherons) et micro-lépidoptères au-dessus des jardins, des haies, des points d’eau et sous les lampadaires. La pipistrelle commune, la pipistrelle de Kuhl (Pipistrellus kuhlii) et la pipistrelle pygmée (Pipistrellus pygmaeus) sont observables partout en Poitou-Charentes de mars à novembre.

Les sérotines (Eptesicus sp.) et noctules (Nyctalus sp.), plus grandes et plus rapides, chassent en altitude (10 à 50 mètres) les gros insectes volants : hannetons, scarabées, papillons nocturnes de taille moyenne (noctuelles, géomètres, sphinx), tipules. Leur vol puissant leur permet de parcourir plusieurs kilomètres depuis leur gîte jusqu’aux zones de chasse.

Les murins (Myotis sp.), groupe diversifié, combinent chasse en vol et glanage sur le feuillage ou au sol. Le murin de Daubenton (Myotis daubentonii) chasse au ras de l’eau, capturant des éphémères, des trichoptères et des moustiques émergents. Le grand murin (Myotis myotis), une des plus grandes espèces françaises, glane des carabes, des bousiers et des araignées directement sur le sol des prairies et des sous-bois.

Les oreillards (Plecotus sp.), reconnaissables à leurs immenses oreilles, pratiquent le glanage furtif : vol lent et silencieux dans le feuillage dense, où ils capturent des papillons de nuit posés, des araignées, des tipules et des moustiques au repos. Leur technique de chasse quasi-silencieuse échappe aux systèmes auditifs des papillons de nuit sensibles aux ultrasons.

Selon l’INPN, chaque espèce de chauve-souris occupe une niche écologique spécifique définie par la taille, l’habitat et le comportement des proies, évitant ainsi la compétition directe entre espèces sympatriques.

Techniques de chasse : écholocation et capture

Les chauves-souris chassent principalement la nuit, période d’activité maximale de leurs proies. Elles se repèrent et localisent les insectes grâce à l’écholocation : émission d’ultrasons (inaudibles pour l’oreille humaine) qui rebondissent sur les objets environnants et reviennent à la chauve-souris sous forme d’échos. Le cerveau analyse ces échos avec une précision extraordinaire, reconstituant en temps réel la position, la vitesse, la taille et la texture de l’insecte visé.

Une pipistrelle émet entre 10 et 100 cris ultrasoniques par seconde selon la phase de chasse. En vol de transit, les cris sont espacés ; à l’approche d’une proie, la fréquence augmente jusqu’à former un « buzz terminal » juste avant la capture, permettant un guidage ultra-précis.

La capture s’effectue de plusieurs manières selon les espèces :

  • Capture directe en gueule : l’insecte est happé en plein vol.
  • Capture à l’aile : la membrane alaire (patagium) intercepte l’insecte qui est ramené vers la bouche.
  • Capture à l’uropatagium : la membrane caudale forme une poche qui capture l’insecte avant transfert à la gueule.

Certaines espèces, comme les grands murins, chassent également à l’écoute passive : elles détectent les bruits produits par les insectes marchant dans l’herbe ou le feuillage (froissement, craquement) et fondent silencieusement sur eux sans utiliser l’écholocation, qui alerterait les proies.

Les chauves-souris consomment leurs proies en vol ou au perchoir. Les parties dures non comestibles (ailes de coléoptères, pattes épineuses) sont souvent recrachées et s’accumulent sous les gîtes de repos nocturne, formant des « réfectoires » caractéristiques utilisés par les naturalistes pour identifier les espèces présentes et étudier leur régime alimentaire.

Rythme alimentaire et besoins énergétiques

Les chauves-souris possèdent un métabolisme très élevé lié à leur petite taille, leur homéothermie (maintien d’une température corporelle stable) et l’énergie considérable nécessaire au vol battu. Une pipistrelle commune doit consommer chaque nuit entre 30 et 50 % de son poids corporel en insectes pour couvrir ses besoins énergétiques, soit environ 2 à 3 grammes d’insectes par nuit pour un individu de 5 grammes.

Durant la gestation et la lactation (mai à juillet), les femelles regroupées en colonies de mise bas augmentent encore leurs prises alimentaires pour produire du lait et nourrir leur unique petit annuel. La mortalité juvénile est élevée si les conditions météorologiques perturbent les populations d’insectes au moment critique de l’émancipation des jeunes.

En période de préhibernation (septembre-octobre), les chauves-souris accumulent des réserves lipidiques qui leur permettront de survivre à l’hiver sans manger. L’hibernation, période de torpeur profonde avec abaissement de la température corporelle et ralentissement métabolique, dure de novembre à mars selon les espèces et les régions. Durant cette phase, l’animal ne se nourrit pas et vit sur ses réserves.

Les nuits froides ou pluvieuses réduisent l’activité des insectes et donc les possibilités de chasse. Les chauves-souris peuvent alors entrer en torpeur journalière, abaissant temporairement leur température et leur métabolisme pour économiser l’énergie, puis reprendre la chasse dès que les conditions s’améliorent.

Rôle écologique : un service de régulation naturel

Les chauves-souris européennes fournissent un service écosystémique de régulation des insectes largement sous-estimé. Une colonie de 100 pipistrelles consomme collectivement environ 200 à 300 grammes d’insectes par nuit, soit plusieurs dizaines de kilos sur une saison active de six mois.

Ce service de régulation bénéficie directement aux jardins, aux cultures et aux zones humides en limitant les populations de ravageurs (noctuelles, tordeuses, tipules, hannetons) et de vecteurs de maladies (moustiques). Plusieurs études agronomiques européennes, relayées par la LPO, montrent que la présence de chauves-souris près des vergers et des vignobles réduit significativement les dégâts causés par certains lépidoptères ravageurs.

Les chauves-souris participent également aux chaînes alimentaires : elles-mêmes sont chassées par des rapaces nocturnes (chouette effraie, chouette hulotte), des mustélidés (fouine, martre) et des chats domestiques. Leurs déjections (guano), riches en azote, fertilisent les sols au pied des gîtes et favorisent la croissance de communautés végétales spécifiques.

Leur forte sensibilité aux pesticides, à la perte d’habitats et à la raréfaction des insectes en fait des bio-indicateurs de la qualité écologique des paysages. Le déclin documenté de nombreuses espèces en Europe occidentale reflète la dégradation générale des milieux et l’effondrement des populations d’insectes volants observé depuis plusieurs décennies.

Favoriser les chauves-souris au jardin

Accueillir des chauves-souris dans son jardin nécessite de leur offrir trois ressources essentielles : des gîtes, des terrains de chasse riches en insectes et des corridors de déplacement.

Les nichoirs à chauves-souris, fentes de bois étroites (1,5 à 3 cm) installées en hauteur (3 à 5 mètres) sur un mur ou un arbre exposé sud ou sud-est, peuvent être colonisés par des pipistrelles en transit ou en repos nocturne. Les modèles certifiés et les plans de construction sont disponibles auprès de la LPO ou de structures naturalistes régionales. L’occupation reste aléatoire et peut demander plusieurs années.

Conserver ou créer des gîtes naturels s’avère encore plus efficace : vieux arbres à cavités, fissures de bâtiments anciens, combles accessibles, caves ventilées, ponts, linteaux de portes. Ne jamais obturer ces accès durant la période de reproduction (mai-août) ou d’hibernation (novembre-mars).

Enrichir le jardin en ressources alimentaires passe par la plantation de haies diversifiées, l’installation d’une mare naturelle, la conservation de prairies hautes et fleuries, et surtout l’abandon complet des pesticides qui tuent directement les insectes dont dépendent les chauves-souris. Un jardin riche en papillons de nuit, moustiques, tipules et coléoptères attirera naturellement des chauves-souris en chasse.

Éteindre les éclairages extérieurs inutiles ou utiliser des ampoules à spectre jaune/orange (LED ambre) limite la mortalité des insectes nocturnes autour des lampes et préserve les ressources alimentaires. Les lampes à spectre blanc froid et UV attirent et tuent des millions d’insectes chaque nuit, appauvrissant les populations locales.

Participer aux sciences participatives comme l’observatoire des mammifères ou signaler un animal en détresse via la page dédiée contribue à la connaissance et à la protection des chauves-souris régionales.

Sources utiles

  • LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) : tout savoir sur les chauves-souris, gîtes et protection – lpo.fr
  • INPN – Muséum national d’Histoire naturelle : fiches espèces de chiroptères et atlas de répartition – inpn.mnhn.fr
  • SFEPM (Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères) : écologie, biologie et conservation des chauves-souris – sfepm.org
  • Plan National d’Actions Chiroptères 2016-2025 – Ministère de la Transition écologique : stratégie de conservation