Que mange un hérisson ? Alimentation naturelle et bons réflexes au jardin

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Le hérisson, insectivore opportuniste

Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) est un petit mammifère insectivore nocturne, protégé en France depuis 1981. Son régime alimentaire repose principalement sur les invertébrés du sol : coléoptères (carabes, hannetons, scarabées), chenilles, limaces, escargots, vers de terre, mille-pattes et araignées. Selon les études menées par le Muséum national d’Histoire naturelle et la LPO, les invertébrés représentent 70 à 90 % de son alimentation selon les saisons et la disponibilité des proies.

Actif de mars à novembre, le hérisson parcourt chaque nuit plusieurs centaines de mètres à la recherche de nourriture, explorant jardins, haies, prairies et lisières forestières. Son odorat développé et son ouïe fine lui permettent de détecter vers, larves et insectes cachés sous la litière ou dans l’herbe. Il consomme en moyenne 70 à 100 grammes d’invertébrés par nuit, quantité variable selon la saison, l’état physiologique (gestation, lactation, préparation à l’hibernation) et les ressources du milieu.

Diversité du menu naturel

Les coléoptères (carabes, staphylins, hannetons adultes et larves) constituent la base de l’alimentation. Riches en protéines et relativement faciles à capturer, ils abondent dans les jardins sans pesticides. Le hérisson croque carapaces et élytres grâce à sa dentition pointue, digérant l’ensemble.

Les chenilles et larves d’insectes, rencontrées sous les feuilles mortes ou dans le sol, apportent lipides et protéines. Le hérisson consomme volontiers chenilles processionnaires du pin, résistant mieux que la plupart des prédateurs aux poils urticants grâce à ses piquants et à sa muqueuse buccale épaisse.

Les limaces et escargots représentent une part variable du régime, surtout après la pluie lorsqu’ils sortent en nombre. Contrairement à une idée reçue, le hérisson ne régule pas massivement les limaces : il les consomme opportunément mais préfère les proies plus riches en protéines.

Les vers de terre, accessibles en surface par temps humide, complètent le menu. Leur abondance au printemps et en automne facilite la prise de poids avant hibernation.

Le hérisson ingère aussi occasionnellement œufs d’oiseaux nichant au sol (perdrix, faisans en élevage extensif), oisillons tombés du nid, petits rongeurs morts, amphibiens (grenouilles, crapauds) et fruits tombés (pommes, poires, mûres, baies). Ces aliments restent marginaux, le hérisson n’étant ni grimpeur, ni chasseur actif de vertébrés.

Aliments à éviter absolument

Proposer du lait de vache à un hérisson provoque diarrhées et déshydratation graves, potentiellement mortelles. Le hérisson adulte, comme la plupart des mammifères sauvages après sevrage, ne digère pas le lactose. Seuls les jeunes hérissons orphelins nécessitent un lait maternisé spécifique (lait pour chatons ou préparation vétérinaire), administré par un centre de soins agréé.

Le pain, les biscuits, les restes sucrés ou salés (pâtisseries, charcuterie, fromage) déséquilibrent le régime et favorisent obésité, troubles digestifs et carences. Le hérisson ne possède pas les enzymes nécessaires pour digérer amidon et sucres raffinés.

Les croquettes pour chiens ou chats, parfois recommandées, doivent être utilisées avec parcimonie et uniquement en complément ponctuel. Privilégier des croquettes sans céréales, riches en protéines animales, distribuées en petite quantité (une cuillère à soupe) avec de l’eau fraîche à disposition. Ne jamais en faire l’alimentation principale : le hérisson a besoin de chitine (exosquelette des insectes) pour stimuler son transit intestinal.

Les aliments pour hérissons du commerce, vendus en animalerie, sont formulés pour respecter les besoins nutritionnels, mais ne remplacent pas la diversité d’un régime naturel. Les utiliser en appoint lors de périodes de disette (sécheresse prolongée, canicule) ou pour soutenir un individu affaibli avant relâche.

Aménager un jardin favorable

Favoriser la présence de proies naturelles constitue la meilleure aide au hérisson. Bannir les pesticides (insecticides, anti-limaces chimiques, désherbants) préserve les populations d’invertébrés et évite l’empoisonnement secondaire du hérisson qui consomme des proies intoxiquées.

Laisser des zones sauvages : tas de feuilles mortes, bois mort en tas, haies libres d’essences locales (aubépine, prunellier, noisetier, cornouiller), bandes enherbées non fauchées. Ces micro-habitats abritent coléoptères, araignées, mille-pattes et limaces, garde-manger permanent pour le hérisson.

Installer un point d’eau peu profond (coupelle, soucoupe de pot, abreuvoir à oiseaux posé au sol) permet au hérisson de boire, surtout en été. Renouveler l’eau quotidiennement évite la prolifération de moustiques.

Créer des passages entre jardins : ouvertures de 13 × 13 cm à la base des clôtures ou grillages. Le hérisson parcourt un territoire de plusieurs hectares et a besoin de circuler librement pour trouver nourriture, partenaire et abri.

Offrir un abri hivernal : tas de bois, fagots de branches, cabane à hérisson (caisse renversée garnie de feuilles sèches et paille, entrée en tunnel pour exclure les prédateurs). Le hérisson hiberne de novembre à mars, perdant jusqu’à 30 % de son poids. Un refuge sec, isolé, à l’abri du gel et des inondations augmente ses chances de survie.

Sécuriser le jardin

Les piscines, bassins et regards doivent comporter une rampe de sortie (planche rugueuse inclinée, grillage fixé, marches en pierre). Le hérisson nage correctement mais se noie d’épuisement s’il ne peut sortir.

Les filets anti-oiseaux, filets à poules, grillages lâches posés au sol piègent pattes et museau. Les tendre fermement ou les relever de 15 cm évite les accidents.

Les tondeuses-robots nocturnes blessent ou tuent hérissons, jeunes lapins et amphibiens. Les programmer en journée, lorsque le hérisson dort, réduit le risque.

Les produits rodenticides et anti-limaces chimiques (métaldéhyde, bromadiolone) s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Le hérisson, en consommant limaces ou rongeurs empoisonnés, ingère la substance toxique et meurt d’hémorragies internes. Privilégier des solutions mécaniques (pièges, barrières) ou biologiques (nématodes contre limaces).

Hérisson en détresse : que faire ?

Un hérisson observé de jour en dehors des périodes de reproduction (mai-juin, femelle allaitante peut sortir tôt le matin ou en fin d’après-midi) signale souvent une détresse : parasitisme massif (tiques, mouches, asticots), blessure, déshydratation, empoisonnement. Un hérisson de moins de 500 g observé fin octobre n’aura pas les réserves suffisantes pour hiberner.

Dans ces cas, placer l’animal dans un carton garni de journaux froissés et d’une bouillotte tiède enveloppée, sans nourriture ni eau immédiate, et contacter rapidement un centre de soins pour la faune sauvage agréé (liste sur LPO ou UFCS). Ne jamais tenter de soigner soi-même : le hérisson est protégé, sa détention sans autorisation est illégale, et des gestes inadaptés aggravent son état.

La page Un animal blessé, que faire ? du réseau naturaliste régional détaille les premiers gestes et les contacts utiles.

Contribuer à la connaissance

Le hérisson subit un déclin marqué en Europe occidentale : fragmentation des habitats, intensification agricole, trafic routier, prédation par le blaireau et le renard favorisés par les déséquilibres écologiques. Participer aux enquêtes de sciences participatives, signaler observations et mortalité routière (Mission Hérisson, Muséum national d’Histoire naturelle) aide à cartographier les populations et à orienter les stratégies de préservation.

Reconnaître les besoins alimentaires du hérisson, aménager un jardin accueillant, sécuriser les pièges involontaires et transmettre les bonnes pratiques autour de soi contribuent efficacement à la protection de ce mammifère discret, utile et attachant.

Sources utiles

  • LPO , Ligue pour la Protection des Oiseaux : hérisson, fiches pratiques et centres de soins , lpo.fr
  • Muséum national d’Histoire naturelle : Mission Hérisson, sciences participatives , mnhn.fr
  • UFCS , Union Française des Centres de Sauvegarde : annuaire et protocoles , ufcs.fr
  • Office français de la biodiversité : mammifères protégés et réglementation , ofb.gouv.fr