Biodiversité en Poitou-Charentes
Réseau Partenarial des Acteurs du Patrimoine Naturel de Poitou-Charentes
Bull. Tech. Apic., 34 (4), 2007, 205-210.
Photo-J. BLOT
Nom scientifique : Vespa velutina (sous espèce : nigrithorax) Lep. (Hymenoptera : Vespidae)
Nom commun : frelon asiatique
Le frelon asiatique est présent du nord de l'Inde à la Chine et de la péninsule indochinoise à l'archipel indonésien. Les individus de la sous-espèce introduite en France, Vespa velutina nigrithorax, sont supposés être originaires de Chine. Dans les pays d'Asie continentale où ils vivent, les conditions climatiques sont comparables à celles du sud de l'Europe.
Espèce nouvelle pour la faune européenne, Vespa velutina nigrithorax a été signalée officiellement en France (pour la première fois en Lot-et-Garonne) en 2005. Une des hypothèses relative à son introduction est celle d'une arrivée accidentelle via des marchandises chinoises importées du Yunnan.
À la fin de l'année 2006, le frelon asiatique était largement présent en Aquitaine (dans les départements de Lot-et-Garonne, Gironde et Dordogne). Il commençait à être signalé dans les départements alentours des Landes, Pyrénées-Atlantiques, Tarn-et-Garonne, Lot, Tarn, Hautes- Pyrénées, Haute-Garonne, Gers, Charente, Charente- Maritime et Corrèze. Fin 2007, il atteint les départements de l'Hérault, de l'Aveyron, du Cantal, de la Haute-Vienne (Limoges), de la Charente-Maritime (La Rochelle) et le sud de la Vienne (cf. carte). L'espèce est donc aujourd'hui bien acclimatée en France et s'est largement répandue dans le grand ouest du territoire.
Carte : aire de distribution de vespa velutina en janvier 2008
L'espèce comprend une dizaine de sous-espèces connues. La sous-espèce présente en France, Vespa velutina nigrithorax, est facilement distinguable du frelon européen, Vespa crabro (seule autre espèce de frelon vivant en France) par sa taille et sa couleur caractéristique. L'adulte mesure environ 30 mm de long ; son thorax est brun foncé et son abdomen présente des segments abdominaux bordés d'une fi ne bande jaune. Seul le 4e segment de l'abdomen porte une large bande jaune orangé.
Photo-J. BLOT
Selon les observations obtenues jusqu'à ce jour, V. velutina nidifie en majorité dans la frondaison des arbres (50 %
des nids) et sous des abris aérés (hangars, granges, etc) (30 %). Il utilise également les murs creux, les arbres creux,
en terrier. En forêt landaise, les nids sont très souvent
au sol en lisières. Le repérage est souvent difficile et
les nids restent peu visibles en dehors de l'hiver (après
la chute des feuilles).
Généralement, les ouvrières façonnent un nid en
forme de sphère (légèrement plus haut que large)
dépassant souvent 40 cm de diamètre. Les plus gros
sont piriformes. En Lot-et-Garonne, Dordogne et Gironde,
un nid moyen mesure 60 à 90 cm de hauteur
et 40 à 70 cm de diamètre (cf. photos).
Photo- J.M. BRANELY et Photo-A. LEGRAND
L'enveloppe extérieure du nid est composée de cinq à six feuilles de papier mâché, espacées par un vide d'air de 5
à 10 mm environ. Son épaisseur moyenne est de 45 mm. Généralement, le nid dispose d'une seule entrée, située à
mi-hauteur pour les nids des colonies âgées, en dessous pour les très jeunes nids. Celle-ci est constituée d'un orifi ce
de 1,5 cm de diamètre, protégé par un auvent de papier mâché.
Les nids grossissent progressivement du printemps à l'automne, lentement jusque début
juillet, puis ils gagnent 4 à 6 cm de diamètre par semaine. À sa taille maximale, fi n
octobre, le nid est composé en général de six à sept étages de couvain, appelés gâteaux
de cellules ou strates qui renferment le couvain. Il a été trouvé des nids de 14 strates.
Ces gâteaux ont un diamètre de 23 à 29 cm, leur bord est séparé de l'enveloppe par
un espace de 15 mm. L'espace séparant deux strates atteint 10 à 12 mm. Les alvéoles
ont en moyenne 8,5 mm de diamètre pour une profondeur de 26 à 29 mm. On a
compté jusqu'à 17 000 cellules par nid.
Au maximum de l'activité (septembre - octobre), la population de frelons à l'intérieur
du nid varie de 1 200 à 1 800 individus.
La sortie d'hivernage des fondatrices de V. velutina s'étale de début février à mai. L'implantation du jeune nid et la ponte ont lieu durant cette période. L'activité des femelles fondatrices dépend de la température. Le retour prématuré de la chaleur peut entraîner un début d'activité précoce, mais pour qu'il y ait fondation d'une colonie, il faut que la reine ait de la nourriture en quantité suffi sante. Les conditions climatiques sont donc déterminantes ; au début de l'année 2007, les nids construits n'ont pas résisté au froid de mars, le développement des nids a repris en avril.
En Asie, même subtropicale, il n'y a pas de colonie pérenne. Seules quelques ouvrières avec un peu de couvain peuvent
se maintenir un certain temps dans le nid moribond. Du fait du cycle annuel du frelon, la colonie est de toute façon
amenée à disparaître à la fi n de son année de vie. Dans des conditions climatiques plus favorables, dans son aire de
répartition naturelle, l'hivernage des fondatrices se fait en solitaire ou en petits groupes dans des cavités protégées.
En France, et jusqu'à preuve du contraire, ce raisonnement vaut pour V. velutina ; un nid en hiver ne devrait donc plus
contenir de colonie viable. En Aquitaine, tous les nids observés à l'extérieur au mois de février, même les très gros,
sont déserts ; seul un, prélevé en Gironde aurait laissé s'échapper deux fondatrices.
De manière générale, afin de passer l'hiver, les jeunes reines fécondées se cachent dans un endroit abrité (troncs pourris, talus moussus, tas de bois, murs de pierres sèches, trous de Cossus,…). Au cours de l'hiver 2007-2008 (relativement doux et très humide), des femelles solitaires en hivernage ont été trouvées dans les cavités creusées par des larves de cérambycide (coléoptère longicorne) dans un chêne abattu par la tempête, alors que le nid était toujours occupé à la mi-décembre, au moins par les ouvrières de la colonie.
Les nids de V. velutina ont des prédateurs naturels dans la région Aquitaine. En période de déclin de la colonie (hiver), des pics verts et des geais ont été vus pillant des nids, et des mésanges mangeant les dernières larves. On ne connaît pas encore de prédateurs de l'insecte. En période estivale, on observe des scènes de pillage entre différentes colonies de V. velutina.
Une fondatrice n'est à l'origine que d'une seule colonie par an. Elle meurt au bout d'un an et ce sont ses descendantes (femelles sexuées fécondées) qui deviennent alors fondatrices dès l'année suivante. Au printemps, chaque fondatrice ébauche un nouveau nid, avec une seule reine par nid et développe une nouvelle colonie.
Nous n'avons aucune donnée sur la durée de vie des ouvrières de frelon asiatique, ni en Asie, ni a fortiori en France. Seule une étude effectuée en 1895 par Charles Janet sur un nid de V. crabro en cage renseigne sur la durée de développement d'une ouvrière de frelon européen : elle est variable selon les conditions de température extérieure et durait à l'époque 55 et 30 jours respectivement aux mois de mai et d'août. La durée de développement de V. velutina doit être du même ordre : une trentaine de jours en été mais probablement moins de 55 jours lors d'un printemps chaud comme on l'observe actuellement.
L'envol individuel des sexués mâles puis des femelles reproductrices de la nouvelle génération a lieu à la fin de l'été, voire au début de l'automne. Les mâles recherchent ensuite les femelles pour s'accoupler. Des phéromones sexuelles produites par la femelle semblent intervenir dans le rapprochement des sexes. L'accouplement a lieu en vol et se poursuit au sol.
La part protéinée du régime alimentaire de V. velutina est composée à 80 % d'abeilles
en zone urbaine et de 45 à 50 % en zone rurale. Le reste est composé de chenilles,
papillons, mouches, libellules et autres insectes, mais aussi d'araignées. En fi n de saison,
les frelons sont particulièrement attirés par les fruits mûrs. Leur régime alimentaire dépend
de la nourriture accessible, du stade de développement de la colonie et d'une éventuelle
compétition avec d'autres prédateurs.
Les apports glucidiques et protéiques sont nécessaires à la colonie de frelons, d'où des
besoins alimentaires de deux types : glucidiques pour les dépenses énergétiques des
adultes et protéiques (dont les abeilles) pour l'élevage du couvain essentiellement.
Selon les premières observations de V. velutina en France, le frelon asiatique est peu agressif envers l'homme lorsqu'il
est en solitaire. Il n'en est pas de même à l'approche du nid où l'attaque peut être collective et virulente.
Huit à douze piqûres peuvent provoquer un empoisonnement nécessitant une
hospitalisation.
Tout au long du printemps et de l'été, le comportement nocturne du frelon est caractérisé
par une concentration des individus sur l'extérieur du nid (cf. photo). À
certaines périodes, l'activité nocturne peut être aussi intense que durant la journée. Ce
n'est qu'aux premières gelées blanches que les individus réintègrent le nid la nuit. Le
rythme circadien de l'espèce est caractérisé par des premiers envols dès les premières
lueurs du jour (ou premiers rayons du soleil en cas de gelée blanche). Au cours de la journée, l'intensité des allées et venues semble régulière.
Photo-J. BLOT
Tous les frelons sont des prédateurs d'abeilles, mais à des degrés divers selon l'espèce et les modalités d'alimentation
décrites ci-contre.
En Asie, au Cachemire comme en Chine, Vespa velutina est considéré comme un redoutable ennemi des ruchers.
Selon les données de la littérature, il peut détruire jusqu'à 30 % d'une colonie de l'abeille asiatique, Apis cerana. Ses
ouvrières déciment une à une les gardiennes de la ruche avant de prélever le couvain pour nourrir leurs larves. On
ignore toutefois si ces descriptions font référence à des colonies sauvages ou élevées, et l'on ne connaît ni la taille ni
la dynamique des colonies concernées.
En France, le comportement de prédation de V. velutina envers les abeilles domestiques et autres insectes (bourdons,
mégachiles, ….) est plus important que celui du frelon européen, aussi bien dans le temps (de juillet à décembre) qu'en
intensité (toute la journée). Les apiculteurs s'inquiètent, de fait, en voyant leurs ruches beaucoup plus régulièrement et davantage
attaquées par le frelon asiatique que par le frelon européen et ce, dès le mois de juin.
Le comportement de V. velutina vis-à-vis des ruches a été observé tout au long de la journée et ainsi décrit : le frelon
reste en vol stationnaire aux abords de la ruche, le plus souvent face à l'entrée, à une distance de 30 à 40 cm ; puis
il essaie d'attraper les butineuses, principalement celles qui rentrent à la ruche, chargées de pollen ou de nectar, en
leur fonçant dessus, les attrapant et les emportant. Le frelon ne consomme lui-même qu'une partie de ce qu'il capture :
il décapite sa proie, lui enlève pattes et ailes, il n'utilise que le thorax qu'il transporte ensuite au nid pour nourrir la
colonie. Il découpe l'insecte sur place mais peut aussi le transporter entier si le nid est situé à proximité. En début
d'hivernage des abeilles, il rentre dans la ruche, prélève l'abeille sur la grappe, la découpe à l'intérieur de la ruche
et repart avec son butin. À cette période, une ruche faible à moyenne peut être détruite en une à deux semaines.
Les tentatives d'introduction du frelon dans la ruche sont nombreuses, bien plus fréquentes en fi n de saison (septembre
à décembre), certainement du fait que les abeilles domestiques sont à l'intérieur de la ruche, et que la production des
frelons sexués nécessite un apport de nourriture plus important à cette période. Les apiculteurs ayant visité les colonies
concernées précisent que celles-ci étaient généralement faibles, bourdonneuses ou orphelines. Son entrée dans les
ruches n'a pas été rapportée, à notre connaissance pendant la belle saison.
L'incidence sur le rucher est de plusieurs ordres :
Photo-J. BLOT
En Asie, Apis cerana a développé une stratégie de défense effi cace : les abeilles créent une masse compacte autour du
frelon et font augmenter la température à l'intérieur de la « boule » ainsi formée, en vibrant des ailes. Au bout de cinq
minutes, la température atteint 45°C, faisant succomber le frelon par hyperthermie. L'abeille européenne (Apis mellifera)
élevée en Asie a adopté la même stratégie de défense, mais avec une effi cacité qui serait moindre ; moins d'ouvrières
participeraient à la « boule » (un tiers de moins que pour l'espèce asiatique). La moindre effi cacité du comportement
d'A. mellifera, en Asie, serait probablement due à son adaptation plus récente au prédateur (50 ans environ).
En France, quatre modes de défense sont décrits :
À cette date, l'ampleur de l'invasion est telle que toute tentative d'éradication de V. velutina semble devenue inutile.
Les mesures de contrôle et de lutte proposées ci-dessous sont le résultat des connaissances acquises en 2007 par
l'ADAAQ.
Protections à mettre en œuvre dans les ruchers pour éviter d'éventuels dégâts
Moyens de lutte envisageables
Il apparaît aujourd'hui illusoire à tout le monde, compte tenu de sa vitesse d'expansion et de son aire de présence,
d'éradiquer V. velutina en France. De plus, son expansion vers d'autres pays européens semble inéluctable.
Nous pouvons aujourd'hui confirmer l'importance du danger de V. velutina pour l'apiculture.. En 2007, plusieurs
ruchers ont été détruits en Gironde, Dordogne et Lot-et-Garonne. Compte tenu de la dynamique des populations de
cette espèce, son comportement de prédation est devenu économiquement inquiétant pour l'élevage des colonies
d'abeilles et les gens qui en vivent ainsi que pour toute la faune pollinisatrice.
Son attaque des butineuses et plus précisément des récolteuses de pollen induit une cause supplémentaire d'affaiblissement
des colonies d'abeilles : affaiblissement par le prélèvement d'abeilles mais aussi par la perte d'approvisionnement
en nourriture et plus particulièrement en protéines (pollen). Sa présence en permanence devant la ruche peut
entraîner un arrêt de ponte par absence de pollen et un vieillissement de la colonie dont l'hivernage sera compromis.
Vespa velutina étant un prédateur de l'abeille domestique et d'autres insectes, son acclimatation et son expansion en France nécessitent une surveillance ainsi que la mise en place de travaux de recherche appliquée et d'expérimentation en apiculture. Les études de terrain démarrées au printemps 2007, continuent en 2008.
Vous avez des informations non répertoriées dans cette fiche, merci de contacter l'ADAAQ ou le CNDA qui se chargent de coordonner la diffusion de cette fi che technique sur Vespa velutina.
Révision de la fiche : Jacques BLOT (ADAAQ) - janvier 2008. Rédaction de la première édition : Thomas Mollet (ADAAQ) Claudia De La Torre (CNDA) - mars 2007