La biodiversité en Poitou-Charentes

     
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Annexe 1 : La petite tortue est-elle en train de disparaître du Poitou-Charentes ?

Par Vincent ALBOUY

Les entomologistes ont le défaut de s’intéresser plus aux espèces Espèce Groupe d’individus qui ont la possibilité de se reproduire entre eux dans la nature et dont la descendance est fertile. rares ou remarquables
qu’aux espèces abondantes qu’ils croisent souvent et partout, « banalités » qu’ils finissent par
ne plus voir. Résultat, quand la commune Aglais urticae se raréfie, nous mettons plusieurs
années à nous en apercevoir !

En avril 2007 Benoît Perret, chargé d’études au service Patrimoine naturel à la communauté de
communes de la Haute-Saintonge, contacte l’OPIE Poitou-Charentes pour la relecture d’un petit livre
sur les papillons de jour de cette région. J’y relève un oubli qui me choque : il n’y a pas de Petite
Tortue (Aglais urticae, Lép. Nymphalidé) en Haute Saintonge ! Un manque d’autant plus inacceptable
pour moi que la Grande Tortue (Nymphalis polychloros, même famille) s’y trouve en bonne place, d’où
risque de confusion.

Avec la suffisance de celui qui croit savoir, j’adresse une note à celui qui est censé ne pas savoir,
alors que c’est lui qui vient d’arpenter le terrain pendant trois ans pour réaliser l’inventaire et les
photos à la base du livre.

Résultat, l’ouvrage paraît avec une fiche sur la Petite Tortue, qualifiée de
« papillon commun ».

Benoît Perret n’a jamais rencontré ce papillon depuis 2004 : ceci me fait réfléchir et examiner mes
archives photographiques qui remontent à début 2003. Piètre photographe, je mets en boite tous les
insectes qui daignent prendre la pose lors de mes promenades dans la nature environnante et de mes
inspections du jardin, donc surtout les espèces les plus communes. Je trouve, comme Nymphalinés,
le Paon de jour (Inachis io) en abondance, le Vulcain (Vanessa atalanta), la Belle Dame (Vanessa
cardui
), le Robert-le-diable (Polygonia c-album), la Carte géographique (Araschnia levana), la Grande
Tortue, mais pas la Petite Tortue.

Dans mes notes prises dans mon jardin en 2006 pour l’Observatoire des papillons, elle n’y est pas
non plus. Ni parmi les cadavres d’insectes hivernants qui s’accumulent dans les coins de mon hangar.

J’interroge en juin Norbert et Roseline Thibaudeau, qui habitent les environs de Niort : ils sont
incapables de se rappeler une observation récente de Petite Tortue.

Tout l’été, j’observe les touffes
d’ortie près de chez moi, favorisées par le temps particulièrement pluvieux. En août, chaque touffe, ou
presque, abrite des chenilles de Paon de jour, et ce papillon est particulièrement abondant à partir de
septembre. Mais toujours pas notre Petite Tortue.

En octobre, Marc Guesdon, de Vienne Nature, m’interroge sur les conséquences pour les insectes
de l’été pluvieux que nous venons de connaître. Je lui réponds, entre autres choses, que les espèces
phytophages aux plantes nourricières qui disparaissent précocement les années sèches sont
favorisées. Les Lépidoptères liés à l’ortie par exemple, comme le Paon de jour ou le Vulcain, devraient
donc être assez nombreux.

Sa réponse me titille : « J’en profite pour te poser une autre question à propos d’une remarque de
Samuel Ducept, animateur à Vienne Nature, qui s’inquiète pour la Petite Tortue et me dit qu’il n’en a
vu qu’un exemplaire cette année.

Or je lis dans Chinery que "sa chenille se nourrit d’orties". N’y a-til
pas là une contradiction avec ton analyse, vérifiée par ailleurs pour les Vulcains et les Paons du
jour ? ».

Je décroche alors mon téléphone pour appeler quelques adhérents de l’OPIE Poitou-Charentes.

Norbert Thibaudeau m’informe que, alertés par ma remarque en juin, Roseline et lui ont fait attention
aux Petites Tortues mais n’en ont vu qu’une seule dans leur jardin vers la fin août. Denis Richard qui
habite le centre ville de Poitiers n’en a pas observé cette année, mais il remarque que la Grande
Tortue tend à devenir très commune même dans les jardins du centre historique. Sylvain Provost, qui
habite en périphérie de Poitiers sur un coteau dévalant vers le Clain, confirme que cette espèce, qui a
toujours été moins commune que le Paon de jour mais qui était abondante chez lui il y a encore une
dizaine d’années, s’est mise à décliner peu à peu. Il n’en voit plus depuis 3 ou 4 ans.

Samuel Ducept
de Vienne Nature en observait il y a encore deux ou trois ans à Ligugé au sud de Poitiers dès le début
du printemps, puis régulièrement au cours de la belle saison jusqu’à l’automne ; en 2007, un seul
individu fin septembre.

La base de données naturalistes de Vienne Nature contient 5 observations de l’espèce en 2003
pour 10 de Paon de jour, 0 pour 6 en 2004, 2 pour 8 en 2005, 0 pour 13 en 2006 et 2 pour 17 en
2007.

Que retenir de ces quelques éléments épars ? Il y a bien un net fléchissement des populations de
Petite Tortue comparées à celles de Paon de jour ou de Grande Tortue, que l’on peut dater de 2003-
2004 pour la région Poitou-Charentes.

À quoi est due cette régression ? Pas à la disparition de l’ortie, plante-hôte des chenilles, toujours
aussi abondante, ni à l’impact des pesticides puisque le Paon de jour se maintient à des niveaux de
population Population Ensemble d’êtres vivants d’une même espèce, occupant un territoire déterminé, présentant des caractéristiques propres et qui se perpétuent dans le temps. élevés. Sylvain Provost, qui passe ses vacances dans le Diois, au sud de la Drôme, a
remarqué qu’elle est aussi devenue très rare dans la plaine et les vallées alors qu’elle reste fréquente
dans les alpages de moyenne montagne où l’ortie ne manque jamais puisque les crottins abondent.

Ce que confirment N. et R. Thibaudeau : fin septembre, ils l’ont vu voler par dizaines autour des
touffes d’orties poussant sur les parcours du bétail au col d’Ispeguy dans les Pyrénées basques.

Serait-ce donc l’effet du réchauffement climatique qui tendrait à confiner la Petite Tortue en
altitude comme le pense Sylvain Provost ? Ou bien n’est-ce qu’une variation normale des effectifs
comme les insectes peuvent en connaître régulièrement ? Appel est lancé. Merci aux lectrices et
lecteurs d’Insectes qui me feront savoir ce qu’il en est de la Petite Tortue dans leur région.

Les papillons de jour de Haute Saintonge

Par Benoit Perret

Ce petit livre de 96 pages richement illustré de 200 photos couleurs permet une identification ludique
et aisée de 61 espèces de papillons de jour présentes en Haute-Saintonge. Après des clés de
détermination et une présentation générale de la biologie et des habitats des papillons de jour,
chaque espèce fait l’objet d’une fiche reprenant les informations de base sur sa description, sa
biologie, ses habitats.

Une seule critique à porter : la Petite Tortue y est qualifiée de « commune » en Haute-Saintonge.
Après lecture de cet article, vous bifferez cette mention pour la remplacer par « rare ». Je ne félicite
pas le relecteur scientifique pour sa compétence !

Vous pouvez obtenir gratuitement cet ouvrage dans les offices de tourisme de la Haute-Saintonge,
ou bien en le demandant auprès de la Communauté de communes par téléphone au 05 46 48 12 11
ou par courriel à contact@haute-saintonge.com.

V.A.

Article paru dans la revue « INSECTES » n°148 du premier trimestre 2008

Sommaire

Avant propos
Introduction
Données climatiques
Données sur la végétation
Peuplements des principaux biotopes
Conclusion
Bibliographie
Annexe 2 : les lépidoptères du Poitou-Charentes Vendée dans la littérature entomologique

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