La biodiversité en Poitou-Charentes

     
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La sauvegarde de l’outarde canepetière

Avec des populations totalisant entre 1600 et 1900 mâles chanteurs en France (JOLIVET, C. 2009), l’outarde canepetière (Tetrax tetrax), est aujourd’hui menacée d’extinction dans les plaines céréalières du Centre Ouest de notre pays où se rencontre la dernière population Population Ensemble d’êtres vivants d’une même espèce, occupant un territoire déterminé, présentant des caractéristiques propres et qui se perpétuent dans le temps. migratrice.
La principale raison de ce déclin est l’intensification de l’agriculture depuis les 35 dernières années qui fait disparaître les sites favorables aux outardes.

En 2004, la population migratrice comptait environ 300 mâles chanteurs (JOLIVET C., et al, 2004). En effet, les anciens agro-systèmes fondés sur la polyculture disparaissent avec les remembrements et laissent place à des monocultures intensives.
Entre 1992, date de la réforme de la PAC, et 2008, la luzerne associée
à l’élevage (non subventionnée) tend à disparaître au profit des grandes cultures annuelles (subventionnées).
Jusqu’en 2008, les jachères Jachère Historiquement terres labourables laissées temporairement au repos. La réforme de la PAC a ajouté une nouvelle notion avec le gel institutionnel des terres. sont entretenues pendant l’été, alors que les outardes femelles sont installées pour nicher. Certaines d’entre elles ne s’envolent pas, mais se tapissent sur le nid comme lorsque arrive un prédateur, et sont décapitées, et les nids sont détruits.

Les prairies et les jachères disparaissent progressivement pour permettre l’extension de la céréaliculture mais aussi d’autres cultures comme le colza ou le melon. La culture du colza se développe, entre autres, pour les biocarburants et participe par conséquent à la diminution de la surface en prairie.
D’autres cultures apparaissent aussi, comme le melon (qui n’est pas soumis aux quotas). Ce type de culture pourrait être relativement intéressant pour le mâle (zone relativement dégagée) mais pas pour la femelle. De plus les dérangements y sont nombreux car la culture du melon nécessite beaucoup de main d’oeuvre.

La destruction des nichées et des femelles explique la situation alarmante de l’outarde canepetière dans le Centre Ouest de la France.

Les deux bastions de l’espèce Espèce Groupe d’individus qui ont la possibilité de se reproduire entre eux dans la nature et dont la descendance est fertile. sont le Poitou-Charentes et la plaine de la Crau. 400 mâles chanteurs avaient été recensés en 1995 en Poitou-Charentes où de fortes régressions de plus de 80 % ont été observées entre le milieu des années 70 et le milieu des années 90.
Cependant, entre 1997 et 2001, des actions conjointes ont été réalisées par des associations naturalistes et des agriculteurs pour sauver l’outarde canepetière (programme LIFE Nature proposant des contrats « outarde »). Elles ont permis d’identifier les causes du déclin de l’espèce qui était de 15% à 20% par an dans les plaines céréalières du Poitou-Charentes ayant suivi le programme, et de mettre en place des mesures agro-environnementales adaptées (CEBC - CNRS, 2002).

A partir de ces premiers résultats, un plan de restauration, prévu pour 5 ans (2002-2006) et coordonné par la LPO, a été mis en place. Actuellement, un second plan d’action national est en cours de validation.
Par ailleurs, on peut noter que certaines actions sur les plaines, mises en place en faveur de l’accueil d’autres espèces, peuvent avoir un impact positif sur l’outarde (exemple : la jachère environnement faune sauvage).

En 2004, un recensement commun à tous les organismes travaillant sur l’outarde canepetière ou son milieu est réalisé. Ce recensement rassemble le CNRS, l’ONCFS, la LPO, les associations naturalistes départementales et une fédération des chasseurs.
Parallèlement les Fédérations Départementales des Chasseurs effectuent des aménagements spécifiques pour l’ensemble de la faune sauvage (JEFS -jachère environnement faune sauvage, jachères fleuries, plantation de haies, bandes enherbées Bande enherbée Bandes en herbes en bord de parcelle, situées principalement le long des cours d’eau, qui agissent comme des zones tampons en interceptant et filtrant les écoulements de surface. , etc.) avec les agriculteurs. A titre d’exemple : dans le département des Deux- Sèvres la Fédération Départementale des Chasseurs a aidé et aide les agriculteurs volontaires à implanter des JEFS.

En 2004 environ 1 000 ha de JEFS sont repartis sur 155 communes du département. On peut noter une forte fréquentation de 16 espèces différentes y compris pendant la période de reproduction.

Ces chiffres traduisent une chute de 26 à 30 % des effectifs de mâles chanteurs entre 2000 et 2004 dans la Région Poitou-Charentes (JOLIVET, C. et al. 2004). Entre 2004 et 2008, le déclin a été stoppé sur certaines zones permettant aux effectifs de se stabiliser. Depuis 2008, les populations du Centre Ouest de la France sont suivies
annuellement.

Un second programme LIFE (2004-2009) a permis la mise en place d’un élevage en captivité (LPO, MNHN et CEBC-CNRS). Au cours de cette période, un peu plus de 200 oiseaux ont été lâchés dans les plaines de Poitou-Charentes. L’élevage et les lâchers se poursuivent actuellement grâce au Conseil Général des Deux Sèvres, au Conseil Régional Poitou Charentes et au MEEDDM dans le cadre d’un pôle d’excellence rurale.

Pour en savoir plus, consultez le site relatif à ce programme LIFE.

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